Vivre à l'époques des pertes
Il y a des pertes que tout le monde reconnaît. Un deuil, une séparation, un licenciement. Des événements auxquels la société accorde un droit à la tristesse, parfois même un protocole : les funérailles, la rupture officielle, le solde de tout compte.
Et puis il y a les autres. Celles dont on ne parle pas, ou si peu. La version de soi qu'on imaginait être à 35 ans. L'amitié qui s'est effilochée sans qu'on sache vraiment pourquoi. Le travail qu'on a aimé et qu'on n'arrive plus à aimer. L'énergie d'avant. La légèreté d'avant.
Ces pertes-là sont réelles. Elles s'accumulent, souvent en silence. Et elles ont un effet sur notre système nerveux, notre humeur, notre façon d'entrer en relation — même quand on ne fait pas le lien.
Ce matin du 23 juillet 2026, le professeur Friedrich Stiefel, ancien chef du Service de psychiatrie de liaison du CHUV avec quarante ans de pratique, était l'invité de La Matinale sur la RTS. Ses propos m'ont touchée — non parce qu'ils étaient alarmants, mais précisément parce qu'ils ne l'étaient pas. Ils étaient justes.
— Caroline Weland, thérapeute en psychologie intégrative
Quand les pertes s'empilent sans qu'on les nomme
Le professeur Stiefel l'exprimait avec une précision qui m'a touchée : ce qui distingue notre époque, ce n'est pas la présence de crises — elles ont toujours existé. C'est que les crises ne s'arrêtent plus. Elles s'accumulent, se superposent, et installent des pertes durables dans notre paysage intérieur.
Ce qu'il décrit à l'échelle collective, je le rencontre à l'échelle individuelle, dans mon cabinet, presque chaque semaine.
Une femme qui vient consulter pour de l'anxiété, et qui réalise en cours de séance qu'elle n'a pas vraiment pleuré le départ de ses enfants de la maison — parce que « c'est normal, c'est la vie ».
Une autre qui enchaîne les coups de fatigue inexpliqués depuis une réorganisation professionnelle qui remonte à deux ans.
Une autre encore qui fonctionne bien en apparence, mais qui a l'impression de s'être perdue quelque part en chemin.
Ces situations ont un point commun : une perte qui n'a pas été pleinement reconnue, et donc pas pleinement traversée.
Le corps ne fait pas la différence
Notre système nerveux ne distingue pas les « grandes » pertes des « petites ». Il répond à la perte de sécurité, à la perte de repères, à la perte d'une image de soi — avec les mêmes mécanismes biologiques qu'il mobilise face à n'importe quelle menace.
Concrètement : vigilance accrue, sommeil perturbé, irritabilité, difficulté à se projeter, sensation d'être « à fleur de peau » sans raison apparente. Ou au contraire : engourdissement, déconnexion, impression de fonctionner en pilote automatique.
Ces réponses ne sont pas des signes de faiblesse. Ce sont des signaux. Le corps qui dit : quelque chose ici n'a pas encore trouvé sa place.
Ce qui aide vraiment — et pourquoi
Le Pr Stiefel évoque trois ressources protectrices, documentées en psychiatrie, qui font une différence réelle dans les périodes de turbulence :
Ces trois ressources ne sont pas des conseils de développement personnel. Ce sont des ancrages. Et pour beaucoup de personnes, les construire ou les retrouver est précisément le cœur d'un travail thérapeutique.
Ce que j'observe — et ce que l'accompagnement peut offrir
Certaines expériences de perte ne se « digèrent » pas seules avec le temps. Elles restent actives dans le système émotionnel et nerveux, et continuent d'influencer nos réactions, nos pensées, notre façon d'entrer en relation — parfois des années après les faits.
Ce n'est pas une fatalité. C'est simplement le signe que quelque chose attend d'être reconnu, traversé, intégré.
Dans mon accompagnement, je travaille avec plusieurs approches dont le point commun est d'adresser à la fois le corps et l'esprit — parce que les pertes ne sont pas que cognitives, et que la parole seule ne suffit pas toujours :
Pour finir — une pensée pour cet été
L'été a parfois cette qualité particulière : il crée du recul. Il ralentit le rythme. Il laisse remonter ce qui était trop silencieux pendant l'année.
Si quelque chose remonte cet été — une fatigue que vous n'aviez pas vue, une tristesse que vous n'aviez pas eu le temps d'accueillir, une question sur qui vous êtes devenue — c'est peut-être une invitation. Pas une urgence. Pas un problème. Une invitation.
Ce que vous traversez a un sens.
Et vous n'avez pas à le traverser seule.
Si quelque chose dans ces lignes résonne avec ce que vous vivez en ce moment, je vous invite à prendre contact.
Une première séance ne vous engage à rien — c'est simplement un espace pour voir si cet accompagnement vous correspond.